Lettre ouverte à toi qui cherche un « dev » en 2015

Remixjobsday goodies

Remixjobsday goodies (un chat c’est toujours vendeur)

ô toi mon blog que j’ai délaissé depuis de longs mois, j’ai eu envie de te retrouver pour faire partager ce que je vis depuis plusieurs, jours, semaines, mois…

Cher recruteur, commercial de SSII, de cabinet de recrutement (ça m’a d’ailleurs toujours paru étrange qu’on utilise le mot « commercial »… mais c’est un autre débat), chief digital, journaliste non geek qui est perdu pour créer son site et qui a besoin urgemment d’un CTO, vétérinaires reconvertis en patron de start up (si si j’en ai déjà eu deux en contact), CTO (ou directeur technique pour ceux qui me disent toujours « MAIS arrête de nous parler en chinois »), je m’adresse à toi ce soir, car j’ai le coeur gros (enfin c’est un peu exagéré car je suis de très bonne humeur ce soir).
Pour ceux qui ne me connaissent pas ça fait 14 ans que je fais du développement web php principalement. J’ai un « beau parcours et un profil très intéressant » selon pas mal d’entre vous.

Et je suis actuellement au chômage (le mot est lâché). En 2015 vous allez me dire hey oh rien de bien original.
Et pourtant je n’ai jamais été aussi occupée que depuis que j’ai quitté ma dernière société Pratique.fr. Faut dire qu’entre temps j’ai été productrice et coordinatrice d’un conte pour enfants « Balthazar Tête de bois » avec 14 artistes dont Pierre Perret, Cali, Elodie Fregé, Sylvie Testud, Alex Lutz, Nada Surf (oui bon j’arrête ma promo masquée !).
J’ai organisé un concert de Nada Surf à Bourges, puis des concerts pendant 3 jours sur ma terrasse lors du Printemps de Bourges.
J’ai fait 2 missions en AE, j’ai commencé une appli mobile, sorti un site d’archives en utilisant et « benchmarkant » de nouvelles technos
J’ai aussi subi l’injustice de commencer une mission en Auto Entrepreneur de 4 mois et la voir stopper brutalement. Car un client était mécontent car j’ai traversé une plaque d’égout (et au passage j’ai failli me tuer) et il n’a pas supporté d’attendre 3 jours que je n’ai plus d’antidouleur me mettant KO. Le projet devant être livré plus de 3 mois après…
Mais ce n’est pas le sujet de mon billet du soir.

En fait j’avais envie de vous parler à tous car je suis surprise et en même temps plus tant que ça par ce que j’entends depuis des mois.
On est une des meilleure nation entrepeneuriale dans le web après les Etats-Unis.
On a des très bonnes écoles techs que ce soit universitaire, ou école d’ingénieur, ou plus récemment spécialisées web.
On a des idées qui sont géniales.
On a de belles réussites au niveau mondial (Blablacar ou Deezer pour ne citer que ceux que j’ai vu tout à l’heure)
Mais on a une pénurie de devs !

Je reviens un peu sur mon parcours tout de même pour que vous compreniez bien tout mon raisonnement.

En 14 ans j’ai été salariée de 4 grosses sociétés : Wanadoo Data, SQLI (Lagardere, Credit Agricole), Deezer. Pratique. J’ai vécu le passage du million de visiteurs par mois dans deux de ces sociétés.

Trois fois dans ma vie j’ai cherché un nouveau job dont 2 fois où j’habitais sur Paris. Les 2 fois en 15 jours c’était plié. 15 à 20 appels par jour, Un entretien le midi à la pause dej’, un le soir après le boulot et quasi toute la semaine comme ça.
A chaque fois j’ai dû choisir entre 2 sociétés. Idem en sortant de la fac pour mon premier boulot en juillet 2001. Le luxe d’un développeur.

Premier choix Deezer ce qui m’a valu de vivre une expérience incroyable et unique. Je suis arrivée chez Deezer alors qu’on était que 8 salariés et que pas grand monde savait encore ce que c’était. J’ai ensuite vécu l’explosion d’audience d’un site web. Les télés qui te filment entrain de coder, les soirées en grande pompe avec concert privé etc…
Et deuxième choix pratique.fr qui m’a apporté énormément de choses à tel point que je n’aurais jamais imaginé apprendre aussi vite (par la force des choses) tous les métiers liés à la partie technique d’un site. Pour résumer j’avais été prise à la base pour être lead dev. Et j’ai finalement dû assumer le travail d’un CTO qui gère toute la partie technique seule d’un site. Car le reste de l’équipe technique est partie quasi dès mon arrivée.

Où je veux en venir ? Et bien un jour j’ai quitté Paris !
Et je travaille depuis 4 ans à distance avec les oiseaux qui chantent par la fenêtre, les chats qui squattent devant l’écran, les collègues sur skype…

J’ai vraiment envie de vous parler de plusieurs points ce soir :

  1. Petit 1 (oui c’est mon côté chef de projet qui ressort) : Le télétravail
    Non ce n’est pas un gros mot ! J’entends bien ton air gêné au bout du fil à Grenoble ou Montpellier ou Sofia Antipolis quand je le prononce.
    Oui c’est possible de travailler à distance. Surtout pour les SSII qui ont des clients qui s’en foutent de savoir si son code a été tapé à Paris, Bourges, Bressuire ou en Moldavie.
    Cet après-midi j’ai rencontré 15 « grosses » start ups  (un grand merci au passage à RemixJobs qui fait un travail énorme et qui fournit un service vraiment de qualité).
    Et 5 ou 6 personnes m’ont dit « mais essayez donc d’aller voir une SSII eux ça ne doit pas leur poser de problème ». Alors que les réponses les plus virulentes que j’ai eu venaient de ce type de sociétés. Je ne juge personne qu’on soit bien clair. J’ai travaillé dans une SSII, dans des petites, et grosses sociétés. Chacun sa manière de faire et bien heureusement.
    Le télétravail est possible si une relation de confiance s’établit. Il y a des outils pour travailler et communiquer ensemble. Un télétravailleur et je l’affirme haut et fort travaille mieux chez lui. Il se culpabilise souvent en se demandant si il a assez bossé (alors qu’il est déjà 2h du mat’…) Il n’est pas asocial car au contraire quand il retrouve ses collègues il est vraiment heureux de les voir (enfin presque tous ahaha) Il aime faire des blagues geek même à distance.
    Bien sûr que ce n’est pas possible dans tous les cas. Bien sûr qu’être manager d’une équipe à distance ça le fait moyen. Mais j’en discutais cet après-midi avec l’une de mes interlocutrice, pourquoi ne pas créer des branches d’équipe de dev ailleurs qu’à Paris. Dans des coins de France où il n’y a pas toutes ces start ups ou ssii. Il y a moyen de rassembler dans des coins isolés (et pourtant moi je suis on ne peut plus au centre de la France) des équipes motivées !
  2. Petit 2 : Les technologies
    Je fais un métier dans lequel on est obligé en permanence de se renouveler. Si tu perds le fil tu es très très vite dépassé. Je me souviens d’un prof à l’université qui lors de son premier cours nous avait dit je vais vous apprendre un langage objet et un langage séquentiel et plus tard vous serez capable en lisant une doc en 2 semaines de développer dans un autre langage.
    Cette phrase m’avait marquée. Mais je ne savais pas qu’il avait autant raison. Pour la petite histoire je l’ai recroisé cet été, 15 ans après, et je l’ai vivement remercié.
    Toujours cet après-midi, lors de ce job dating, on m’a demandé d’être expert en : NodeJs, AngularJs, Reactjs, Emberjs, Symfony, Zend, Ruby on rails, J2EE C#, C++, « Php moderne » (ça j’ai toujours pas compris 🙂 enfin si mais ça me fait rire)
    Et j’ai tenté de glisser que même si je n’avais pas encore utilisé cette techno ou cette autre techno en laissant le temps je peux devenir experte dans ce domaine. Le directeur de Pratique.fr m’a fait confiance il m’a prise sans que j’ai jamais touché une seule fois à Drupal. 3 jours de formation chez l’expert Drupal de l’époque (qui était un gros média en plein essor) et j’ai ensuite codé pendant plusieurs années sans problème. C’est d’ailleurs très demandé actuellement (enfin il paraît) car il y a une pénurie d’expert Drupal. Pour l’anecdote 2 ans plus tard cette même personne qui m’avait formée a voulu me débaucher…
    Donc ma réflexion est quelle est la techno à la mode en novembre 2015 ? Quand on cherche un poste technique actuellement vers quoi faut il aller ? Se former à React.js ? (j’ai codé un peu pour voir cet été) NodeJS ? Aller vers le développement mobile ? Chercher un job avec que du management sans toucher au code ? Mais quand on est passionné d’informatique est ce qu’on peut lâcher vraiment complètement le code ?
    Est-ce que les sociétés qui ne trouvent pas leur dev tant recherché ne devraient pas laisser la chance à des profils qui ont le potentiel de se mettre à la technologie souhaitée ?
    J’ai été très surprise également cet après-midi d’entendre 2 recruteurs dirent « dis donc on a eu que des demandes de contrats pros. et c’est pas ce qu’on cherche. On a pas le temps de former les gens. On est une société qui avance trop vite ». Et quand j’ai pris l’ascenseur pour partir j’ai trouvé une jeune femme complètement désemparée qui m’expliquait qu’elle avait commencé son contrat pro en Java mais que ça fait 2 mois qu’elle et tous les autres de sa promo ne trouvent pas de société pour les accueillir ? Est ce que justement il ne faut pas laisser de chance à ces jeunes qui vont combler cette pénurie ? Moi je n’étais même pas triste pour moi car je connaissais avant les réponses que j’allais avoir. Mais j’ai eu un sentiment d’amertume en me disant. Y’a comme un problème. C’est peut-être ce qui me fait écrire cette longue lettre.
  3. Petit 3 :
    Hier j’ai vécu un truc incroyable. Je ne sais pas si ils le liront. Mais j’ai envie de vous en faire part peu importe la suite de mon histoire personnelle avec eux.
    Depuis Février j’ai reçu 2 appels de start ups très intéressantes pour devenir leur CTO. Des appels qui te font chaud au coeur car en fait j’avais été recommandée chaudement à eux par 2 personnes qui savent comment je travaille.
    La première opportunité ne s’est pas faite car je ne suis pas à Paris et je pense qu’ils ont trouvé un crack (je leur souhaite)… mais je vais suivre très attentivement le projet car c’est un très très beau projet qui va faire parler de lui.
    La deuxième opportunité je ne sais pas encore si ça se fera. Mais en tout cas ils m’ont un peu scotchée. Depuis des mois j’entends le discours qui me fait comprendre qu’il faut aller dans une grosse ville pour trouver du boulot.
    Et bien non ! C’est possible ailleurs qu’à Paris. Même au fin fond d’une forêt en Charente. Même le GPS il t’emmène dans un cul de sac en te disant tourner à droite alors qu’à droite c’est marqué « FORET » Je suis arrivée dans une ferme accueillie par 3 chiens dont un magnifique Terre Neuve. Et quand j’ai passé la porte j’ai découvert une start up avec des gens et des ordis en open space comme je les ai connu à Paris. Ils ont même plus de connexion internet que ici où je vous écris.
    C’est un site qui existe depuis 6 ans et qui avance bien. Et rien que ça. D’avoir vu que c’est possible. ça m’a boosté pour un moment.
  4. Petit 4 : J’adore quand vous utilisez le mot « client final » pour essayer de me vendre le poste idéal. Drôle de terme. 🙂

 

Conclusion : L’histoire n’est qu’au début de son écriture. La vie du web en France sera longue et belle. Ma prochaine société je ne la connais peut-être pas encore. J’attends 3 réponses, j’ai 2 entretiens encore la semaine prochaine. Mais j’espère juste que ma lettre fera réfléchir certains RH ou recruteurs. Pour moi et tous les devs qui ne sont pas le profil parfait.
Je vous salue bien chaleureusement.
Stéphanie MICHEL, passionnée et addict de web, de musique, de foot, de sport, de jeux et de la vie en général.

PS : Attention sachez que je ne suis pas du tout aigrie. Que j’ai été ravie de discuter avec toutes les personnes que j’ai croisées aujourd’hui.

 

Et la musique qui m’accompagne en ce moment pour illustrer cet article :